Avant-première du documentaire Pirat@ge de France 4

Ecrit par Laetitia A le 30/03/2011
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Jeudi dernier avait lieu la projection en avant-première du documentaire Pirat@ge au MK2 Bibliothèque. Ce documentaire, réalisé par Etienne Rouillon et Sylvain Bergère, sera diffusé le 15 avril sur France 4. Quelques Misc se sont déplacés pour l’évènement, et n’ont pas été déçus ! A l’unanimité, nous avons trouvé le documentaire très instructif et vous le recommandons vivement.

La soirée a été divisée en deux : la projection du documentaire, visible simultanément en streaming sur France4.fr, et le débat, ponctué par des questions posées par les internautes et le public. Le mot clé #piratagef4 a été créé sur Twitter pour l’occasion et s’est placé en 3e place des Trending Topics.

John Draper Alias Captain Crunch

Les réalisateurs sont allés chercher aux sources des éléments explicatifs de cette pratique qu’est le hacking, en présentant le portrait de « puristes », ces vrais hackers qui, à l’instar de Douglas Alves (Association MO5), démontaient leur poste de télévision à 5 ans pour en comprendre le système. L’actualité n’y est pas en reste : un ex-membre de Wikileaks témoigne par exemple de son expérience. C’est un portrait positif des hackers qui est tracé, leur prêtant des aspirations communes : rendre le pouvoir à tous, lutter contre le bridage de la liberté d’expression, améliorer les systèmes, se lancer des défis, le tout motivé par une certaine créativité. Il donne donc une vision des hackers différente de celle qu’en donnent trop souvent les médias, cette vision négative, stéréotypée et alarmiste diffusée récemment sur des sujets comme Wikileaks et Hadopi. Pour le coup, c’est plutôt Sony qui est tourné en dérision. Quand l’un de ses responsables décrit les hackers comme s’il parlait d’une des dix plaies d’Egypte, des gloussements se font entendre de part et d’autre de la salle de projection du MK2.
A ce sujet, Pirat@ge de manque pas d’humour. Il est en effet ponctué par des vidéos « lolantes » tirées de la culture geek. Double Rainbow, détournements des Gregory Brothers, ou encore scènes de films présentant des hackers… Autant vous dire que les Misc étaient ravis !

Le documentaire pèche toutefois dans sa délimitation de ce qu’est un pirate. L’anglais a le mérite d’utiliser des termes différents comme hacker, cracker ou cyberactivist. On ne retrouve pas cette nuance. Dans Pirat@ge, Wikileaks, Wikipedia, Linux, Napster sont mis sur la même échelle que Twitter ou Facebook, qui ont été créés par des entrepreneurs dans le but de s’enrichir. Une démarche fondamentalement différente. Ce documentaire est peut être le signe que le piratage et l’univers du logiciel libre, qui au départ selon Milad Douehi était une forme de dissidence (il parle d’hérétiques au sens religieux du terme), tend à devenir la norme (l’orthodoxie).
Dans la lignée de cette remarque, un intervenant du public a d’ailleurs déploré le fait que la seconde partie du docu se focalise sur les réseaux sociaux, le peer-to-peer et le MP3, et ne montre pas la « petite démocratie » quotidienne de ceux que nous désignons souvent comme des « bouffeurs de code » sous Linux. Les réalisateurs ont répondu que le hacking est un sujet dense, qu’il est difficile d’en explorer tous les aspects, et que pour des soucis de rythme, ils ont choisi d’incorporer des éléments plus populaires et drôles, permettant au spectateur de souffler.
Il faut aussi dire que c’est un documentaire France 4. On sent la volonté de vulgarisation du sujet. Chaque terme un peu technique y est défini de manière pédagogique, rendant le documentaire accessible au grand public.

La projection a été suivie d’un débat entre Sylvain Bergère et Etienne Rouillon (les réalisateurs), Fabrice Epelboin (l’ancien éditeur de ReadWriteWeb France), Benjamin Muller (journaliste à France 4 et Europe 1), Ollivier Pourriol (philosophe auteur de Cinephilo) et Douglas Alves (de l’association MO5).
Fabrice Epelboin a avancé que le hacking peut être vu comme un acte politique de lutte contre le bridage de la liberté d’expression.
Douglas Alves a lui expliqué que les hackers ne recherchent pas l’utilité commerciale de leur geste, mais se fixent des buts à atteindre, des défis à relever. Ils se rendent néanmoins compte dans leur démarche que le savoir, c’est le pouvoir. Selon Stéphane Bergère, les hackers ne veulent pas le pouvoir. Ils ont tous deux défendus le piratage contre l’idée qu’il nuit aux jeux vidéo, convaincus qu’il est au contraire un argument marketing de l’industrie du jeu.
Ils ont finalement placé le hacking hors des jugements de bien ou de mal, de contrôle et de pouvoir, proposant de le concevoir plutôt comme une performance.
Epelboin a néanmoins rappelé la dérive de certains hackers, passés du côté obscur de la force. Vous savez, ces « méchants » hackers qui collaborent avec les gouvernements et les sociétés de type Microsoft. Douglas Alves nous a alors éclairé sur la méthode pour obtenir un bon hacker gratuit (ou presque) : l’attraper en plein délit et le menacer de l’attaquer.
Le débat s’est fini sur une note positive, quand tous se sont mis d’accord sur la probable obtention d’un prix de la paix pour un hacker, dans le futur.

Pour conclure, une volonté de vulgariser et de présenter de manière positive « le hacker », à qui l’on donne une histoire et des valeurs communes qui ne sont pas sans rappeler les utopies accompagnant le développement d’Internet (voir Flichy). Le hacker, nouvelle figure mythique ? Malgré la vulgarisation, le film parvient à faire la jonction entre un public geek qui y trouvera son compte avec les vidéos, une réflexion sur le sens et la portée de l’action hacker et le grand public (y compris ceux qui n’y connaissent absolument rien). C’est un peu comme ces documentaires de voyage où on nous fait découvrir une ville en une heure : difficile de tout montrer, cependant on ressort avec l’impression de la connaitre. Dans des documentaires comme Piratage, pas besoin de parler chinois pour mieux comprendre Pékin.

Laetitia A et Samuel G

Commentaires (1)

[…] Pir@tages sur France 4 […]


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