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Nicolas Danet, un Anonymous parmi tous

Ecrit par Alexis Chailloux le17/06/2012

Issu de la promo 2010, Nicolas Danet travaille aujourd’hui au sein de l’Agence LIMITE, fer de lance en « communication responsable » sur le web. Spécialiste de l’analyse de réputation en ligne, du secteur non-marchand et de l’ « hactivisme », il a publié en novembre 2011 un ouvrage avec Frederic Bardeau sur le collectif « Anonymous ». Interview.

En quelques mots, pourquoi avoir choisi le MISC ?

Sans vraiment en avoir conscience a priori, je pense que le choix de MISC était une sorte de retour aux sources, ou plutôt une nouvelle manière de découvrir un monde dans lequel je m’étais épanoui adolescent. A 14 ans, je démontais l’ordinateur familial pour voir ce qu’il y avait dedans. Plus tard, je laissais l’expérimentation de cet outil pour des études supérieures de lettres et sciences sociales. Avec le master MISC, c’était en fait la conjonction des deux : avec une approche analytique, regarder à nouveau ces objets que j’avais trifouillés de mes mains plus jeune. L’approche sémiologique est d’ailleurs pour moi la grande force de ce master : c’est ce qui permet de déjouer pas mal de pièges technicistes et apporte un recul qui professionnellement m’est toujours utile. 

Comment en vient-on à écrire un ouvrage sur les Anonymous ?

On ne dit pas « les Anonymous » mais « Anonymous »… C’est d’ailleurs ce que l’on essaie de dire dans le livre : Anonymous, c’est plus une idée, ou une bannière, qu’un groupe restreint et identifiable de personnes.
Pour revenir à la question : c’était un pari assez fou, celui de notre éditeur (FYP Editions) qui pensait que le sujet méritait un livre. Fred Bardeau (co-auteur) et moi nous intéressions au sujet depuis un moment, et nous échangions beaucoup sur le sujet depuis le soutien d’Anonymous à la publication des câbles diplomatiques américains par Wikileaks. Pour nous, au sein de l’agence LIMITE, agence de communication spécialisée dans la communication sur les sujets d’engagement, c’est un sujet fascinant à deux titres.
D’abord, il s’agit d’un renouveau radical des formes de mobilisation en ligne : pas de structure forte, pas de porte-parole ni de hiérarchie, pas de ligne directrice claire mais une mobilisation transfrontalière et horizontale à partir de valeurs communes venues du web : rien à voir avec les ONG ! Et pourtant, les thématiques sont proches, notamment quand Anonymous s’engage aux côtés des insurgés du printemps Arabe…
Ensuite, Anonymous est un phénomène de communication atypique et extrêmement efficace. On pourrait presque voir Anonymous comme une cellule de communication autonome, décentralisée, engagée, irrévérencieuse. En quelques mots : des hackers de la société de l’information.
Je pense qu’il y en a plus d’un dans les agences de com qui doivent, si ce n’est avoir des affinités avec Anonymous, sentir le potentiel de communiquant qu’il revêt. 

LIMITE, une entreprise de hackers ?

Cette question me réjouit. Lors de l’introduction en bourse de Facebook, M. Zuckerberg s’est fendu d’un texte dans lequel il expliquait vouloir gérer son entreprise « the Hacker way ». Je comprends que cela puisse interroger, parce que derrière « hacker » on entend souvent « pirate informatique », ce qui ramène à l’idée de vol, d’usurpation d’identité, etc.
Cependant, « pirate » convoque d’autres imaginaires : des caraïbes aux octets, c’est un vent de liberté, de farouche indépendance par rapport à tout pouvoir. Les hackers sont des bidouilleurs. Des personnes qui veulent comprendre les structures pour pouvoir en détourner les usages. Le sms, que l’on utilise tous à présent, c’est à l’origine un « hack », un détournement d’un objet technique de l’usage pour lequel il avait été pensé par les opérateurs téléphoniques.
En ce sens, j’espère que LIMITE est une agence de hackers. La volonté de détourner des codes, tout en maitrisant la structure sociale dans laquelle ils s’inscrivent, n’est-ce pas une belle manière (et créative !) de faire de la communication ? Ces derniers temps, notre travail nous amène d’ailleurs a rapprocher des entreprises ou des ONG des hackers. Je crois fortement que ces interactions constituent l’avenir.